Le jour où on perd nos mots

Âmes sensibles s’abstenir, ce post va être déprimant au possible puisqu’on va parler de la perte d’un proche.

Il y a des morts auxquelles on ne s’attend pas mais qui restent dans l’ordre des choses.

Je parle bien sûr de la famille, les grands-parents, les parents, bref, les décès qui, on le dit tout bas, en chuchotant, sans oser trop le penser vraiment, « rentrent dans l’ordre des choses ».

On connaît tous les étapes de la vie, on voit nos grands-parents ou parents vieillissant qui rentrent dans ce cycle infernal des enterrements.

Je pense à mes beaux-parents notamment, âgés (70 et 80 ans) qui enterrent à tour de bras.

Ou alors on entend le copain d’un copain, la copine du cousin raconter la mort soudaine d’un proche trop jeune, accident, AVC ou autre.

Mais cette personne on ne la connaît pas alors on en est désolé et choqué mais il n’y a pas ce déclic.

Evidemment quand on se rapproche de la quarantaine on sait qu’on rentre dans les statistiques, qu’à cet âge les accidents arrivent, les maladies surgissent, vicieuses. 

On le sait bien sûr mais on ne le vit pas vraiment.

On vit malgré tout dans notre bulle au milieu de nos amis, notre petit groupe d’indestructibles, les potes d’enfance, les poteaux de beuverie quoi, les réguliers, les permanents.

Jusqu’au jour où les statistiques nous rattrapent.

Jusqu’au jour où notre petit groupe confirme les statistiques.

Elle allait avoir 40 ans dans trois semaines, elle ne voulait pas les fêter, elle ne les fêtera pas.

Elle petit déjeunait avec son fils de 7 ans, un matin comme les autres, avant de l’amener à l’école quand son coeur s’est arrêté.

Elle faisait partie de ce petit groupe d’indestructibles, les amis d’enfance de mon mari, les permanents, les réguliers.

Elle était sortie dans sa jeunesse avec un type du groupe pour finalement se marier avec un autre.

Pas de rancune, elle était d’ailleurs la marraine d’un des fils de son ex, tous membres à jamais du même petit groupe.

L’appel, le choc, l’injustice.

Elle avait eu un accident de voiture dans sa jeunesse, accident flou, culpabilité probable mais la seule victime a été elle puisqu’elle a passé le reste de sa vie en fauteuil roulant.

On se dit automatiquement qu’elle avait payé son dû à la société comme si la vie c’était ça, un prêté pour un rendu.

La mort de quelqu’un comme elle a quelque chose d’égoïste.

Pour nous.

Evidemment on pense à son fils, à son mari, on pense à elle, on la voit, on l’entend, on a dû mal à placer sa mort dans le concret.

Et puis on réalise l’impact que ça a sur notre vie, sur notre petit groupe.

Notre bulle a éclaté, définitivement et à jamais.

On s’organise, on s’appelle, on se relais auprès de notre copain, on organise l’enterrement comme on peut.

Ne pas oublier de faire à manger, de penser aux fleurs, faire garder les enfants, on se retrouve où, on fait voiture commune…

Elle allait avoir 40 ans dans trois semaines, elle ne voulait pas les fêter, elle ne les fêtera pas.

Plus rien ne sera comme avant.

Publicités

9 réflexions sur “Le jour où on perd nos mots

Alors, tu en penses quoi ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s