Le jour où on compte les heures

Voilà près d’un mois qu’on nous a annoncé que le départ de mon beau-père est une question de jours.

Depuis on vit dans un monde à part, une sorte d’autre dimension, on attend.

Et puis il a été en soin palliatif et on a cru que c’était la fin.

C’était il y a trois semaines.

Ce matin le centre de santé a appelé, demandant à ce que tout le monde vienne.

Depuis ma belle-mère, mon beau-frère et mon mari se relaient à son chevet, attendant la fin.

Dans une heure, demain, lundi …

Depuis un mois on attend, on appréhende ou on anticipe et parfois même on espère que ça se termine.

J’ai déjà vécu ça pourtant avec une grand-mère et un grand-père.

Mais ça ne m’a jamais autant touché.

J’y pense, je me dis que je suis juste à gerber et puis je me trouve des excuses (faut bien, on aime pas se dire qu’on est un monstre).

Je me dis qu’enterrer nos grands-parents c’est dans la logique des choses.

Là mon mari va enterrer son père.

Bien sûr, il est plus âgé que mon père à moi qui a 60 ans mais mon mari a mon âge alors comment ne pas s’imaginer si moi aujourd’hui je perdais mon père ?

Je m’invente des logiques : perdre son père à 50 ou 60 ans c’est « normal » mais pas à 40, c’est trop tôt.

Mais est-ce qu’il y a un âge pour enterrer ses parents ?

Je suis consciente que je suis aussi très proche de mes beaux-parents mais je ne suis dans leur vie que depuis 8 ans après tout.

Il y a bien sûr mon mari, ce qu’il vit, le chagrin qu’il a.

Il y a mon Patapouf qui, il y a 2 heures avant la sieste me réclamait son papy, savoir qu’il va falloir lui dire bientôt, lui expliquer, trouver les mots.

Il y a 1000 raisons pour le vivre aussi mal et il y a 1000 raisons pour ne pas le vivre aussi mal.

Pourquoi je ressens toujours le besoin de me justifier d’avoir de la peine pour telle ou telle raison ?

En tout état de cause, on s’en fou puisque nos proches s’en soucient peu et qu’on vit ça tout seul dans notre coin.

On ne parle pas de ce qui dérange.

Oh les gens disent occasionnellement qu’ils sont là mais ça donne juste bonne conscience.

On sait tous que dans la peine les gens prennent rarement le téléphone pour dire « j’ai besoin de parler, de pleurer, je suis fatiguée, triste » ou « j’ai besoin d’une pose tu peux prendre les garçons une après-midi ? ».

Alors on dit qu’on est là mais on ne demande jamais de nouvelle comme ça c’est plus simple.

Ah si, une copine m’en a demandé, une seule. Je l’en remercie, ça fait du bien d’en parler.

On est comme ça, on fuit ce qui nous fait du mal, on est toujours seul au final, rien de neuf sous le soleil.

Alors aujourd’hui comme hier et peut-être comme demain on attend.

 

 

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9 réflexions sur “Le jour où on compte les heures

  1. Et il y en a qui t’embête à te demander des nouvelles tout le temps……on est là……même si on est loin…..courage nos amis de nous…..bisous

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  2. Il est très difficile de prendre des nouvelles dans ces cas là. Demander si ça va, on sait que ça ne va pas, s’il est encore là ben on se doute que sans nouvelles c’est que c’est tjs le cas ou dans le cas contraire peur de mettre les pieds dans le plat. On a toujours peur d’être maladroit du coup on ne fait pas. Et c’est pas mieux. Mais ça ne veut pas dire que ton entourage ne s’intéresse pas à toi ou ne s’en préoccupe pas…. je n’ai jamais vécu ton cas de figurer chez moi ils sont spécialistes des départs éclairs mais je n’ose imaginer de vivre le temps suspendu comme cela. Toute mon affection vous accompagne en ce moment.

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