Le jour où il est à part

Depuis quelques mois on s’interroge beaucoup sur notre Crevette.

On a du mal à l’expliquer mais on a l’impression que quelque chose cloche.

Notre Patapouf évolue tranquillement, fait des progrès, comprend tout de mieux en mieux tandis que notre Crevette stagne depuis de nombreux mois maintenant.

Comment expliquer cette impression ?

Comment être sûr que ce n’est pas une impression due à la grande différence qu’il existe avec son frère ?

On est conscient que s’il avait été enfant unique ou du moins sans jumeaux, on ne se serait peut être pas interrogé, que cet écart avec Patapouf nous fait nous demander si c’est Patapouf qui est en avance ou notre Crevette qui est en retard.

En tout cas une chose est sûr, on s’inquiète.

Allant à la garderie 2 jours entiers par semaine, nous avons donc demandé au personnel de nous donner leur impression.

Nous avons eu un entretien avec la directrice qui nous a expliqué leur fonctionnement et leurs observations sur notre Crevette.

Observations qui ont confirmé nos doutes.

C’est difficile à expliquer mais on a retrouvé les mêmes interrogations chez nous et chez eux.

Crevette ne parle pas, ni papa, ni maman, ni rien du tout. Toujours ce langage de bébé. Pas le moindre début de mot même mal prononcé.

Rien de dramatique en soit, mes neveux ont parlé assez tard aussi.

Crevette ne comprend pas.

On peut lui demander de nous donner sa casquette, de nous chercher quelque chose, d’enlever ses chaussures, il ne comprend pas.

Là où Patapouf sait où sont ses cheveux, son nez et autres parties de son corps, là où il comprend quand on lui demande quelque chose, où il sait ce que sont des chaussures, une couche, un bain, là où il reconnaît les animaux et imite leur cri, notre Crevette ne fait rien de tout ça.

Crevette joue dans son coin le plus souvent, Crevette est obsédée par les ombres, les jeux de lumières. Crevette a toujours la tête en l’air, ne regarde jamais devant lui, tombe tout le temps.

Crevette carbure à Cicalfate pour effacer ses cicatrices, Crevette a tellement peu d’équilibre qu’en tombant il s’est enfoncé une dent dans la gencive (imaginez le drame, la douleur et le sang … bref).

Crevette est « lunaire », dans son monde.

Parfois on lui parle et il ne bougera pas un sourcil, on l’appelle et il ne bronchera pas au point qu’on se dise « c’est ça, c’est des problèmes d’audition », pour une heure après avoir une réaction du tac au tac en l’interpellant.

Une chose est sûr, le personnel de la garderie l’a confirmé, quelque chose cloche.

Suite à leur conseil, contact a été pris auprès d’un service spécialisé du CHU. Un service pluridisciplinaire spécialisé dans les soucis d’évolution dirons-nous de la petite enfance de 0 à 6 ans.

Là où je m’attendais à un rendez-vous j’ai eu la mauvais surprise de devoir expliquer notre souci et surtout les particularités de notre Crevette au téléphone.

Sachant qu’on a déjà du mal à verbaliser nos impressions avec le personnel de la garderie alors qu’on connaît notre Crevette, expliquer tout ça à quelqu’un comme ça a été très difficile.

J’ai surtout eu l’impression de faire une lettre de motivation orale pour convaincre la dame au bout du fils que mon fils avait un souci et qu’il fallait vraiment que des professionnels de la santé le rencontre.

Quand en plus on ne s’attend pas à devoir « motiver » la prise en charge de son fils, je vous laisse imaginer que ses questions m’ont bien prise au dépourvu et qu’en raccrochant j’ai clairement eu l’impression d’avoir foiré un entretien d’embauche.

Heureusement la garderie nous soutient à 100% et s’est engagé à prendre contact avec ledit service pour appuyer notre demande.

En tout état de cause, nous n’aurons visiblement pas de retour avant la rentrée et encore, ils se réunissent en staff pour étudier les « demandes » de prise en charge et recontactent ensuite les parents des enfants « admis« .

Même si on s’y attendait plus ou moins, se voir remettre le fascicule d’un service spécialisé dans les problèmes psychomoteurs ça fou une sacrée claque.

Entre inquiétude et culpabilité.

Oui toujours cette culpabilité de n’avoir pas été fichue d’aller plus loin dans ma grossesse, de les avoir forcés à sortir à un stade où ils n’en avaient pas du tout envie tout ça parce que  le corps de Madame ne tenait plus la route.

Bref, après 24 heures totalement à l’ouest entre fatigue, inquiétude et culpabilité je dois bien passer au-dessus de ça parce que bon, la réponse ne viendra pas avant la rentrée.

On a malgré tout anticipé et pris rendez-vous chez notre généraliste afin qu’elle aussi nous dise son impression et surtout, démarche à son tour ce fameux service afin d’appuyer aussi sur une prise en charge de notre petit cœur.

Il y a aussi tout le reste, les remises en question qui vont avec : est-ce qu’on agit au mieux pour lui ? Est-ce que ce n’est pas notre faute ? Peut-être qu’on ne l’a pas assez sollicité du fait de l’évolution continuelle de son frère et surtout de la place qu’il peut occuper dans notre famille. Patapouf est très demandeur, très jaloux, très possessif.

Notre Crevette a toujours été très indépendant et autonome. On l’a toujours laissé, on ne voulait pas le forcer à être différent. On aurait peut être dû. Ils sont si différents mais on s’est toujours dit que c’était tant mieux, qu’on avait deux petits garçons tellement spéciaux, tellement uniques.

Peut être trop unique pour notre Crevette.

Je sais bien que ce n’est peut être pas grave, qu’il ne faut pas voir le drame tout de suite, qu’il faut prendre du recul, il s’agit peut être de pas grand chose évidemment, il y a plus grave et tout et tout, oui je sais tout ça.

Il n’empêche que savoir qu’un de nos amours puisse avoir des soucis psychomoteurs, de surdité, de vue ou que sais-je encore c’est pas évident à digérer.

Je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter.

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