Le jour du retour de bâton

Il y a toujours eu ce sentiments d’infériorité, de décevoir sans arrêt, d’être ridicule dès qu’on ouvre la bouche.

Il y a eu ces critiques permanentes, les jugements immédiats, les idées reçues.

Il y a eu cette dépression et cette thérapie qui m’ont sortie du trou.

Il y avait ces amis à l’époque, ces sorties, ce travail qui me plaisait, ce mec (pas pour moi) qui malgré tous ses défauts, était le seul à me tirer vers le haut.

Il y a eu ce voisin du dessous (le bon) qui m’a donné l’idée du grand départ, tout quitter, les quitter eux, ma famille, mon mal-être, tout recommencer, être moi ailleurs sans jugement. Pouvoir recommencer une nouvelle vie et être moi, vraiment, sans ces mauvaises ondes, sans ces voix dehors et dedans qui me rabaissaient sans arrêt.

Il y a eu ce nouveau départ et cette annonce d’infertilité.

Il y a eu le bon et le moins bon en même temps.

Il y a eu ces épreuves qui m’ont à nouveau empêchées d’être moi, de souffrir ouvertement parce que dans ces épreuves ils étaient toujours là, avec leur jugement, loin mais là quand même.

Il y a eu cet éloignement qui n’en était pas un, qui me poussait à y retourner souvent, chercher encore et toujours cette approbation, cet amour et ce soutien que je n’ai jamais eu.

Il y a eu la PMA, les traitements, la douleur, la fausse couche, les échecs.

Il y a eu notre maison, notre mariage et cette perpétuelle recherche d’approbation.

Il y a eu les remarques que je n’ai jamais oubliées, celles qui blessent à vie, celles qui creusent le vide, celles qu’on se répète et qu’on ressasse 10 ans après.

Il y a eu la pré-éclampsie, l’accouchement en urgence, l’hémorragie, la néonat.

Il y a eu ma convalescence, l’impression que mon accouchement allait changer les choses, cette hémorragie sévère qui aurait pu m’être fatale.

Il y a eu ce désintérêt, cette absence, cette chute, ce désespoir de constater qu’à part me faire ressentir une fois encore qu’on ne me pensait pas du tout capable de gérer des jumeaux rien n’avait changer.

Il y a ces gestes, si rares que vous repoussez malgré tout, qu’avec les années vous avez appris à interpréter comme des démonstrations d’échecs. Non, je n’ai pas besoin d’aide, pas besoin de votre aide, ça vous donnerait raison et me diminuerait encore plus.

Il y a encore ces remarques qui confirment encore et toujours que si, ils ne te pensent capable de rien, pas même de t’occuper de tes enfants.

Il y a eu encore et toujours ces jugements, ces regards, ces paroles que tu as tort, que ton fils n’a rien, que tu dramatises.

Il y a eu l’inquiétude, le sentiment de différence, le diagnostic, le handicap.

Il y a à nouveau ces épreuves, cette solitude, cette absence, ce désintérêt.

Il y a la vie avec le handicap et ce sentiment qu’encore une fois tout le monde minimise la situation, se met des œillères, ne réalise pas ni ne veut réaliser à quel point nous luttons quotidiennement pour que notre fils ait l’espoir d’une vie « normale ».

Il y a ces paroles, ces comparaisons de l’incomparable, ces comparaisons qui vous donnent envie de hurler qu’il est autiste et que rien ni aucun enfant n’est comparable à lui.

Il y a la routine qui arrive, le bon travail, les bons enfants, le bon mari, les bons amis.

Il y a l’espoir de trop, ces quelques mois d’espoir de trop, cet espoir que si toi tu gardes à vie ce statut inférieur tes enfants commencent à avoir une réelle place que tu n’auras jamais mais tant pis, eux l’auront.

Il y a eu la chute, la chute de trop, l’espoir déçu de trop.

Il y a le corps qui lache, le mental qui lache, tout qui lache.

Et c’est quand vous avez tout que ces années à sourire, faire face, faire comme ci, vous retombent sur les épaules.

Il y a ces cervicalgies récidivantes avec impotence fonctionnelle. En parler normal il y a ces douleurs qui me paralysent le cou et le dos depuis 4 mois.

Il y a ma tête qui sait ce qu’il y a, qui voudrait lacher prise, accepter mais dont le corps n’en a clairement plus la force.

Il y a cette inquiétude, cette recherche du mieux, de la solution.

Il y a la fatigue, cette fatigue tellement envahissante.

Il y a ce bonheur qui m’échappe alors que je le vis au quotidien.

Il y a cette amertume, cette colère, ce sentiment d’injustice.

Il y a cette fierté d’avoir fait de ma vie ce qu’elle est, cette fierté qui devrait me suffire.

On vit pour soi, pas pour les autres mais comment mettre ça en pratique au quotidien ?

Je suis preneuse de toutes vos astuces de lacher prise.

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19 réflexions au sujet de « Le jour du retour de bâton »

  1. Alors je ne vais t’être d’aucune aide car ce que tu décris me ressemble aussi, en moins intense cependant. Dans mon cas il y aussi l’hypersensibilité, l’étrange capacité à toujours interpréter les actions/paroles de ses « parents » qui m’ont toujours critiquée au plus mauvais… alors que parfois je pense qu’ils sont justes maladroits. Pour te donner un exemple quand je reçois quelqu’un chez moi, je veux tout faire, tout gérer. Gros clash avec ma mère quand elle est venue s’occuper des enfants à la maison pour la naissance de Nils : c’était mieux quand j’étais à la mater, là elle a l’impression de gêner, de ne servir à rien, que je ne veux rien lui laisser faire elle se sent mal à l’aise (bon elle en profite aussi pour me balancer deux trois horreurs comme à chaque fois, heureusement mon mari l’a recadrée… j’avais accouché 4 jours avant)… j’ai ensuite culpabilisé pendant des semaines/ mois, et puis il y a peu une épiphanie. Qui est ce qui passait son temps à me traiter de feignante et de bonne à rien ? de « Marie-salope » qui devrait avoir un bon métier pour se payer une bonniche parce que j’étais trop crado ? et après faudrait que je n’ai aucun soucis à lui laisser faire le ménage chez moi ? on récolte ce que l’on sème ma chère maman.
    Alors maintenant je ne prends que le bon, le reste je n’y fais plus attention (j’essaie au moins !)… Et pour tout le reste ça fait 20 ans que mon conjoint essaie de me convaincre de me mettre au cannabis lol ! courage !

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  2. « Il y a ce bonheur qui m’échappe alors que je le vis au quotidien ». C’est fort et ça résume tout. A défaut de te donner des astuces, et encore moins de comparer ma situation à la tienne, craque si tu en as besoin. La faiblesse ça n’est pas de tomber, c’est refuser d’accepter que l’on doit se relever.
    Tu es forte et tu as encaissé, beaucoup. Sans répit au final. C’est dur… alors octroie toi de la clémence, tu le mérites tellement… 😘

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  3. Je suis désolée de te lire si mal…

    Des solution de lâcher prise je ne connais pas trop, mais des solutions pour ses protéger j’ai testé:

    Après une dernière crise de critiques/ rabaissage en règle, j’ai raccroché au nez de ma mère.
    J’ai eu comme un déclic, ce n’était pas ma mère au bout du fil mais une vieille folle malfaisante, et ça ne serait jamais rien de plus que ça. J’ai d’un seul coup fait le deuil d’une relation mère / fille que j’avais fantasmée pendant 35 ans.

    Je ne lui ai plus adressé la parole, toutes les communications se faisant désormais par l’intermédiaire de mon mari (qu’elle ne porte pas dans son coeur, elle l’a même traité de « nazi »! ).

    Du coup le pauvre c’est lui qui se tape la coordination avec la belle mère, les quelques fois où elle prend les enfants (et uniquement parce que eux aiment aller chez leur mamie).

    Pendant un an je ne lui ai pas adressé un seul mot. Maintenant nous avons quelques échanges de politesse quand d’aventure on se croise, pas plus et ça me va.

    J’espère que tu trouveras le moyen de « remettre les cons à leur place » dans ton univers intérieur. C’est terrible des parents toxiques, parce que leur jugement est celui qui nous construit. Mais on peut se construire sur d’autre bases. Le plus dur c’est d’arriver à faire ce changement de perspective, de ne plus voir en ces gens des parents tout- puissants mais de pauvres fous perdus et aigris par la vie.

    Je te fais de gros bisous, à toi et à ta famille, on pense à vous!

    Nathalie

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    1. Ah ça y est ça a claché avec ta mère ? On en a souvent parlé. Je te comprends, je n’arrive même plus à répondre aux SMS de la mienne. Il faut qu’on prenne une date pour se voir cet été 😉

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      1. Oui ça a clashé et ça fait du bien!!!!!!!!!!!!!!!!!

        Je ne lui ais pas adressé la parole une année entière. Depuis, les conversations c’est le strict minimum, et quand je l’entends prendre son ton de victime écorchée vive, ça m’énerve au plus au point mais ça n’a plus aucune prise sur moi. Le bonheur!

        Je te souhaite la délivrance émotionnelle 😉 ça se fera à ta manière qui sera sans doute différente mais après on se demande pourquoi on n’a pas fait ça plus tôt!

        Il faudra qu’on se trouve un petit créneau cet été, nous on est dans la région une partie de Juillet (quelques jours), un peu débit août et un peu fin août.

        Des bisous!

        Nath

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  4. Alors tu vas mettre ta main gauche sur ton épaule droite, et ta main droite sur ton épaule gauche, et serrer très fort en fermant les yeux. Ensuite tout en gardant tes bras comme ça et tes yeux fermés tu vas inspirer profondément, puis expirer tout doucement en relâchant toute tension dans les épaules. Et puis tu vas tapoter ton épaule gauche avec ta main droite, en disant tout haut « je suis fière de toi! ».
    Parce que oui, tu peux être très fière de toi, pour tout ce que tu as réussi à faire, malgré les obstacles (et ce sont de sacrés obstacles auxquels tu as dû faire face…), et pour la mère magnifique que tu es pour tes enfants, qui ont bien de la chance de t’avoir.
    Et parce que j’aimerais pouvoir te faire ce câlin moi-même, mais ne peux que te l’envoyer à distance, en tout cas le coeur y est.

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  5. J’entends ta détresse, j’ai deux garçons arrivés par don aussi, et après leur naissance mon mari a été diagnostiqué d’une maladie immunitaire, ça été très difficile et ça l’est encore souvent.Bref ce qui m’a beaucoup aidé, ce sont des podcasts spécialement « oui change ma vie »sur l’amour qu’on attend en vain, sur les choix…voilà !

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    1. Je n’ai pas encore essayé les podcasts. J’avais essayé une appli de méditation mais je n’arrive pas à trouver le temps et à m’y tenir.

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